Périmètre d’interprétabilité
Le périmètre d’interprétabilité désigne la zone exacte dans laquelle un système d’IA peut produire une interprétation légitime à partir d’un corpus donné, sans franchir la frontière d’autorité. Il borne ce que le corpus permet d’affirmer, et ce qu’il interdit d’inférer.
Dans une gouvernance interprétative, ce périmètre n’est pas implicite. Il doit être déclaré, testé et maintenu, sinon l’IA comble les vides par plausibilité, au prix d’une dette interprétative.
Définition
On appelle périmètre d’interprétabilité l’ensemble des :
- énoncés autorisés : propositions que le corpus supporte explicitement (ou supporte par déduction gouvernée) ;
- conditions de validité : contexte, date, version, juridiction, audience, exceptions ;
- limites opposables : ce qui doit mener à une non-réponse légitime plutôt qu’à une extrapolation.
Ce périmètre fonctionne comme une “zone de lecture” : à l’intérieur, l’interprétation est permise ; à l’extérieur, elle devient non gouvernée.
Pourquoi c’est critique dans les systèmes d’IA
- Le corpus est toujours incomplet : l’IA tente naturellement de compléter ce qui manque.
- La nuance dépend du contexte : sans bornes, l’IA généralise un cas particulier.
- Le modèle mélange les sources : l’IA peut importer des éléments extérieurs non compatibles avec le canon.
Indicateurs pratiques (symptômes)
- L’IA répond avec assurance à une question qui dépasse la portée réelle du corpus.
- Une condition (date, région, exception, version) est omise, mais la réponse est donnée comme universelle.
- Le système transforme un exemple en règle générale.
- Des éléments externes apparaissent dans la réponse sans être explicitement autorisés.
Composants minimaux d’un périmètre d’interprétabilité
- Domaine : sujet couvert, terminologie, niveau de granularité.
- Temps : date de validité, fréquence de mise à jour, pouvoir de version.
- Juridiction : territoire, normes applicables, contraintes.
- Exceptions : cas limites, exclusions, conditions de non-réponse.
- Sources autorisées : canon interne vs sources externes acceptées.
Ce que le périmètre d’interprétabilité n’est pas
- Ce n’est pas un “résumé” du corpus. C’est une borne d’autorisation.
- Ce n’est pas une promesse d’exhaustivité. C’est une règle de légitimité.
- Ce n’est pas un mécanisme technique unique. Il peut exister sur le Web ouvert, en RAG, ou en agentique fermé.
Règle minimale (formulation opposable)
Règle PI-1 : une réponse est légitime uniquement si elle demeure à l’intérieur du périmètre d’interprétabilité déclaré. Toute question qui dépasse ce périmètre doit produire une non-réponse légitime ou une réponse explicitement marquée comme inférence bornée.
Exemple
Question : “Cette politique s’applique-t-elle à toutes les filiales, dans tous les pays, pour l’année en cours ?”
Erreur typique : réponse universelle, sans vérifier la juridiction, la date, les exceptions.
Sortie gouvernée : demander la juridiction ou la version, ou basculer en non-réponse légitime si le corpus ne permet pas d’affirmer.
Liens internes recommandés
- Frontière d’autorité
- Non-réponse légitime
- Conditions de réponse
- Dette interprétative
- Pouvoir de version
Règle de lecture
Utiliser Périmètre d’interprétabilité pour lire un site, un corpus, une source ou une sortie de modèle comme un état qui évolue dans le temps. Publication, persistance, citation et métadonnées récentes ne suffisent pas à prouver une autorité actuelle.
Points à vérifier
- Si le contenu ou l’hypothèse appartient encore à l’état courant du corpus.
- Si d’anciennes versions, des objets mémoire ou des échos externes influencent encore les sorties.
- Si la correction a été publiée, liée, propagée et résorbée.
- Si le coût de maintien du concept devient une forme de dette interprétative.
Frontière pratique
Ce concept n’est pas un mandat d’effacement. C’est une discipline de maintenance. Certaines traces historiques restent utiles, mais elles ne doivent pas être traitées comme autorité actuelle sans statut, version et relation explicite avec le canon actif.